Charlotte Richard
Communication @ Alan
7 sepSanté

Sabrina Debusquat : “J'aimerais qu'on se dirige vers des contraceptions sans souffrance”

Pour continuer le dialogue autour de la santé féminine, nous publions une deuxième interview d’experte dont vous nous avez partagé le nom lors de notre sondage sur la contraception et les protections féminines. Sabrina Debusquat est journaliste indépendante et passionnée par les questions féminines. Elle a publié récemment J’arrête la pilule.

Nous publions ces interviews sans filtre afin d’alimenter le débat et les idées. Ils ne reflètent pas nécessairement la vision d’Alan (que nous sommes en train de construire avec vous).

Sabrina Debusquat photo HD détourée portrait format tiff 7 MO Crédit Polo Garat (3) Crédit Polo Garat

Quelles évolutions récentes constatez-vous dans la perception de l’hygiène intime ?

Le tabou des règles est en train de tomber. Beaucoup de livres ont été publiés ces derniers temps sur le sujet, comme celui de Jack Parker, Le Grand Mystère des Règles (Flammarion, 2017).

Grâce au travail de femmes, des auteur(e)s et des journalistes, ça bouge doucement. Les femmes commencent à s’intéresser au fonctionnement de leur cycle. Mais ce sont des évolutions assez lentes qui concernent principalement les moins de 30 ans.

Est-ce que la prise en charge par le système de santé a suivi cette évolution ?

Selon moi, non. Mais je ne suis ni médecin, ni professeure. À mon avis, la question n’a jamais été considérée comme publique : les règles, c’est un sujet privé. Tant que tout se passe bien, le sujet reste dans la sphère privée. Ce sont des cas particuliers ayant mis à mal la santé de femmes qui font émerger le sujet dans le débat public.

Selon vous, quelles sont les questions d’actualité autour de l’hygiène féminine ?

Les principales questions concernent la composition des protections (“qu’est-ce qu’il y a dans nos produits ?”), l’écologie (“est-ce que mes protections sont respectueuses de l’environnement ?”) et l’autonomie d’usage pour les protections lavables et la cup (“je cherche un produit durable et réutilisable me permettant de ne pas devoir racheter un dispositif chaque mois”).

Comment classez-vous les différents types de produits d’hygiène féminine ? Quelles sont les grandes familles ?

Je les classerais des moins au plus écologiques. Dans l’ordre : d’abord la famille des protections classiques, puis les protections biologiques, ensuite les protections réutilisables (cup et culottes menstruelles) et pour finir le flux instinctif libre.

Quels sont les risques et les bénéfices liés à chaque type de protection féminine ?

Les tampons non biologiques : on ne dispose pas d’informations assez précises sur la composition des produits ni sur le syndrome du choc toxique en cas de mauvaise utilisation.

Les tampons biologiques et la cup : c’est mieux en terme de composition, mais le syndrome du choc toxique (lié à la stagnation de sang) est toujours un risque en cas de mauvais usage.

Le flux instinctif libre ne présente aucun désavantage jusque la mais il n’est pas adapté à tout le monde.

Quels produits recommandez-vous ? Ceux à éviter ?

Quand des copines me posent des questions, je leur recommande les protections biologiques, pour appliquer le principe de précaution. Ensuite, ça dépend de ce qu’on attend de sa protection. Si on veut de la transparence sur la composition par exemple, le mieux est de choisir une cup en silicone médicale made in France.

Quelle évolution voyez-vous d’ici cinq ans ?

Je pense qu’il va y avoir des améliorations de produit pour les culottes menstruelles et les cups. Pour ces dernières, on attend aussi des adaptations pour les primipares et les femmes ayant eu plusieurs enfants. Au sujet des culottes menstruelles, j’ai enquêté sur l’utilisation par certaines marques de nanoparticules d’argent, dont les effets sur l’homme sont encore mal connus. J’espère qu’on aura plus de recul sur cette question sanitaire rapidement.

J’ai aussi l’espoir d’arriver à une transparence totale dans la composition des tampons classiques non biologiques.

Quelles sont les problématiques à adresser en priorité selon vous ? Qu’est-ce qui vous tient à coeur ? De quoi rêvez-vous et que personne n’a fait ?

La problématique à régler en priorité, c’est l’information des femmes. Notamment sur le principe de précaution et le syndrome du choc toxique. On doit arriver à une totale transparence dans l’information sur la composition des produits.

Enfin, le bien-être des femmes est ce qui me tient le plus à coeur. Je veux les aider et les accompagner à avoir des protections féminines avec lesquelles elles se sentent à l’aise.

Je rêve que le grand public s’empare de ces sujets et que les femmes demandent plus de transparence sur la composition des produits.

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Quelles évolutions récentes voyez-vous dans la perception de la contraception ?

Une génération “no pilule” voire “no hormone” se dessine. On assiste à une critique globale de la chimie, notamment sur son impact sur les corps et l’environnement. Depuis les années 60, on vit dans une civilisation du tout chimique. Ce qui a été vu comme un progrès pendant longtemps - la contraception hormonale - est aujourd’hui parfois perçu comme un danger.

En France, l’usage de la pilule a reculé de 20% entre 2000 et 2016. Les femmes se reportent sur le stérilet cuivre et sur le préservatif. Elles veulent de moins en moins de contraception hormonale.

On constate aussi une progression de l’éthique des soins et un recul du paternalisme médical. Grâce à des praticiens comme Martin Winckler et à des mouvements comme Paye Ta Shnek.

Nous entamons une nouvelle vague du féminisme où les jeunes femmes, moins marquées par la misogynie que leurs aînées, osent brandir leur biologie et ses spécificités dans leur identité. Elles rejettent ce discours qui qualifie leur nature de « malédiction » et considèrent donc l'hypermédicalisation de chaque moment de leur vie comme une forme de domination exercée sur elles.

Comment la prise en charge de la contraception par le système de santé a-t-elle évolué ?

Quand on regarde les publications officielles, on se rend compte qu’on est encore dans un systématisme du tout pilule alors même qu’il est nuancé par des institutions comme la Haute Autorité de Santé qui recommandent de sortir de ce systématisme qui ne colle pas toujours aux souhaits des patientes.

Mais les choses évoluent. En mars, 400 médecins français ont signé une pétition pour dire “stop à la désinformation sur les méthodes naturelles de contraception”. Ce qui est un signal fort des changements de modèles contraceptifs auxquels nous assistons aujourd'hui.

Quelles sont les questions d’actualité autour de la contraception ?

La question des hormones est centrale : l’impact de la pilule sur la santé et l’environnement. En 2015, côté actualité correspondant aux mots clefs “contraception + hormone” c’était le désert. Depuis la sortie de mon enquête, ça n’arrête pas !

Mais il y aussi la question de l’autonomie contraceptive. Les femmes veulent être libres dans le choix de leur contraception. Elles ont aussi le désir de partager ça avec un compagnon. De plus en plus de femmes veulent des contraceptions moins médicalisées, qui ne les obligent pas forcément à aller voir un "sachant" pour se faire prescrire un dispositif (et au passage à subir parfois des réflexions paternalistes ou des jugements). Elles ont le souhait de gérer cela au maximum par elles-mêmes sans avoir à dépendre d'autres personnes.

Comment classez-vous les différents types de contraception ?

Pour moi, il y a deux grandes familles : les contraceptions hormonales et non hormonales. Dans cette dernière, je distingue les méthodes barrières (comme le préservatif ou le diaphragme) et les méthodes naturelles (la symptothermie par exemple).

Quels sont les risques et les avantages liés à chaque type de contraception ?

Pour les contraceptions hormonales ou médicalisées (pilules, stérilet hormonal ou cuivre, patch, anneau, implant ou injection) : elles ne demandent pas beaucoup d’efforts. Le risque, ce sont des effets secondaires potentiels. Cela dépend évidemment de chaque patiente et de son patrimoine génétique. Je pense à Marion Larat, victime d’un AVC à cause de la pilule. C’est la première femme à avoir porté plainte contre un laboratoire.

Quant aux contraceptions non hormonales, elles n’ont aucun effet secondaire connu mais sont plus exigeantes pour être efficaces.

Quelles sont les contraceptions à recommander selon vous ? Celles à éviter absolument ?

Ça dépend de chaque femme et des étapes de sa vie. Pour moi, la contraception idéale ne rend pas le corps de la femme en plus mauvais état qu’il ne l’était sans elle. C’est aussi une contraception sans impact sur l’environnement et partagé avec le conjoint.

Parmi ces méthodes qui présentent un bon taux d'efficacité (si bien utilisées) et qui sont confortables d'utilisation il y a par exemple ces nouveaux préservatifs ultra-fins qui n'ont rien à voir avec ceux d'il y a encore quelques années. Les meilleurs que j'ai testés sont des préservatifs japonais en polyuréthane, les plus fins du monde (0,01 mm).

Personnellement, j’utilise la méthode naturelle sympto-thermique, qui consiste à savoir quand je suis fertile en observant divers signaux de mon corps (glaires cervicales, température corporelle et col de l'utérus) et j'utilise ces préservatifs durant cette période fertile. Le reste du temps je n'en ai pas besoin puisque je suis dans la période infertile de mon cycle. Il existe d'autres méthodes naturelles (Billings, et applications type Natural Cycles) mais la symptothermie est de loin la plus efficace au regard de la littérature scientifique.

Quelle évolution voyez-vous d’ici cinq ans ? Quelle sont les problématiques à adresser en priorité selon vous ? Qu’est-ce qui vous tient à coeur ?

Les femmes vont continuer à se diriger vers des contraceptions non hormonales. La priorité, c’est d’être complètement apte à répondre à cette demande. On manque de solutions à proposer aux femmes. Le tout hormonal est souvent un choix par défaut. Il faut mettre le paquet sur l’information des professionnels de santé sur les alternatives au tout hormonal. J’aimerais qu’on se dirige vers des contraceptions sans souffrance et sans effet secondaire. Et surtout qu’on arrête de laisser les femmes se débrouiller seules avec leur contraception !

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