Charlotte Richard
Communication @ Alan
28 aoûtSanté

Dorothée Barth CEO de Jho : “L’information ne circule pas assez”

Fin juillet, vous nous partagiez vos besoins et usages en matière de contraception et de protections féminines.

Chez Alan, nous poursuivons le dialogue autour de la santé féminine. Nous avons interrogé les expert(e)s que vous nous avez recommandé(e)s pour prendre du recul et mieux comprendre les changements que nous vivons.

Aujourd’hui : Dorothée Barth, co-fondatrice et CEO de Jho, une jeune marque de tampons et serviettes hygiéniques en coton bio par abonnement.

Jho-resize-610x366Dorothée à gauche.

Quelles évolutions récentes constatez-vous dans la perception de l’hygiène intime ?

En 2016, ce sont les blogueuses qui ont lancé le débat sur la présence de produits toxiques dans les tampons, et sur le fait que les serviettes hygiéniques sont composées de matières dérivées du pétrole. Il y avait un énorme tabou. Deux ans après, on s'aperçoit que toutes les femmes ne sont pas encore au courant.

L’idée de Jho est née d’un concept américain : les protections biologiques par abonnement. J’ai rencontré un américain qui montait un incubateur de start-ups à Nantes. C’est lui qui m’a soufflé l’idée de monter cette entreprise.

Avant de créer Jho en juillet 2017, j’ai travaillé pendant sept ans en tant que journaliste santé. J’étais donc déjà sensibilisée à ce sujet. Et pourtant, je me suis rendue compte a posteriori que dans ma rédaction santé, composée principalement de femmes, personne ne s’était intéressé au sujet !

DSC 0678

Est-ce que la prise en charge par le système de santé a suivi cette évolution ?

On a trouvé une résonance particulière chez les sage-femmes et quelques gynécologues femmes. Mais nous n’avons aucun contact avec les institutions de santé. Ce n’est pas considéré comme une urgence sanitaire.

Selon vous, quelles sont les questions d’actualité autour de l’hygiène féminine ?

Je vois deux grandes questions. La première, c’est celle du syndrome du choc toxique qui vient de la stagnation du sang dans le vagin. Ça peut se produire chez certaines femmes porteuses d’une bactérie, le staphylocoque doré. Cela peut arriver avec tous les produits d’hygiène féminine.

La seconde concerne les produits chimiques, notamment le chlore, qui sont interdits dans les gels douche mais que l’on retrouve dans certaines protections hygiéniques. On y trouve aussi des traces de pesticides (perturbateurs endocriniens) et de produits cancérogènes. C’est donc la question de la dangerosité des produits d’hygiène féminine qui se pose. Or, rien n’est prouvé scientifiquement parce qu’il n’y a eu aucune étude épidémiologique de long terme sur le sujet.

Comment classez-vous les différents types de produits d’hygiène féminine ?

Il y a deux familles. D’un côté, les protections qui ne sont pas faites en matière naturelles. De l’autre, tous les autres types de produits : protections jetables ou tampon en coton bio, cup et serviettes lavables. jho-tampons-serviettes-cotons-bio-c95100-0@1x

Quels produits recommandez-vous ?

Les miens évidemment :) Plus sérieusement, je recommande à toutes les femmes de prendre les produits qui leur correspondent. Par précaution, il vaut mieux utiliser des protections biologiques et des marques transparentes sur la composition de leurs produits. Il faut a minima que ce soit fait uniquement de coton.

Quelle évolution voyez-vous dans cinq ans ?

Je pense qu’on est au début de quelque chose. Aujourd’hui, le bouche-à-oreille fonctionne beaucoup. De plus en plus de femmes sont sensibles au sujet. On est au même stade que l’agriculture bio il y a 25 ans. Sauf que la prise de conscience sera beaucoup plus violente sur les protections féminines, parce que c’est un sujet très intime.

Quelles sont les problématiques à adresser en priorité selon vous ? Qu’est-ce qui vous tient à coeur ?

Nous reversons une partie de nos bénéfices à des ONG qui soutiennent les femmes dans des situations de grande précarité en France et dans le monde. Nous soutenons le projet Girls Excel, porté par l’association w4 au nord du Cameroun. Nous donnons aussi des produits à Gynécologie sans frontières qui vient en aide aux femmes réfugiées en France. Ces causes me tiennent vraiment à cœur.

Ensuite, la priorité, pour moi, c’est l’information qui ne circule pas assez. Et cette information, elle passe principalement par les médecins et les sage-femmes. Si tous les professionnels de la santé étaient sensibles à ces questions, ça changerait tout.

Commentaires