Charlotte Richard
Communication @ Alan
25 septSanté

Docteur Marie Msika Razon : “Écoutons le choix des patientes”

Fin juillet, vous nous partagiez vos besoins et usages en terme de contraception et de protections féminines. Chez Alan, nous avons voulu continuer le dialogue autour de la santé féminine. Nous avons donc interrogé des expert(e)s pour mieux comprendre les changements que nous vivons.

Nous publions ces interviews sans filtre afin d’alimenter le débat et les idées. Ils ne reflètent pas nécessairement la vision d’Alan (que nous sommes en train de construire avec vous).

Voici le troisième interview après celui de la journaliste Sabrina Debusquat et de Dorothée Barth, fondatrice de la marque de protections hygiéniques biologiques Jho.

Aujourd’hui, le Docteur Marie Msika Razon, médecin à Paris et membre du Mouvement Français pour le Planning Familial, nous partage un état des lieux de sa pratique, des protections féminines à la contraception.

Protections féminines, l’émergence des questions sur la santé et l’environnement

rawpixel-973120-unsplashPhoto by rawpixel on Unsplash

“J’exerce depuis maintenant 10 ans. Au début de ma pratique, les patientes ne se posaient pas de question sur les protections hygiéniques. Elles voulaient juste savoir ce qui était pratique dans leur vie quotidienne, pour faire du sport, être confortable dans son intimité ou encore voyager.

Aujourd’hui, la question récurrente, est celle du danger pour la santé et pour l’environnement. Y-a-t il des risques d’infection liés à l’usage de certains tampons ? Et la cup, peut-on l’utiliser avec tous les moyens de contraception. Pour les mycoses, est-ce qu’il vaut mieux mettre des serviettes ? Existe-t-il des protections hygiéniques limitant leurs composants chimiques ?

En ce moment, les femmes sont préoccupées avant tout par les risques d’infection, d’exposition à des agents chimiques nocifs et par le respect de l'environnement.

J’assistais récemment à un congrès de Gynécologie et j’étais très étonnée d’y voir des stands de marques comme Always ou Tampax. Les marques se sont visiblement décidées à convaincre les professionnels de santé que leurs produits sont “sans risques”.”

“Les seules informations disponibles proviennent des marques”

“Je ne constate pas d’évolution dans la communication ou la prise en charge du système de santé. Nous ne recevons aucune communication ni recommandation de la part des autorités de santé dans ce domaine spécifique. Les seules informations disponibles proviennent des marques et de leurs commerciaux.”

Quels sont les risques associés à chaque type de protection féminine ?

“Si on respecte les règles de bons sens (stériliser sa cup, se laver les mains avant de changer sa protection), il n’y a pas de risques associés à une protection plutôt qu’à une autre.

Seule exception : le risque de syndrome de choc toxique est plus souvent lié aux tampons.

On est aussi en train de se rendre compte qu’il y a des incidents avec la combinaison stérilet et cup. La cup pourrait faire “ventouse” et risquer de déplacer le stérilet. Mais aucune étude scientifique ne vient corroborer ce constat empirique pour l’instant. La plus grosse difficulté est de trouver des ressources neutres et objectives pour financer des études sur ces sujets.”

Je recommande avant tout de lire la composition et les informations sur les étiquettes des produits utilisés. Après, chaque femme doit avant tout être à l’aise. Il n’y a pas de directive médicale sur le sujet sur ce sujet."

Quelles évolutions à 5 ans ?

J’ai l’impression que la cup gagne du terrain. On commence aussi à voir arriver des tampons “bio”, limitant les composants chimiques. À citer aussi, de nouvelles tendances comme les serviettes réutilisables et les “culottes de règles” etc.

Quelles sont les problématiques à adresser en priorité selon vous ? Qu’est-ce qui vous tient à coeur ?

“La principale problématique, à mon sens, concerne les cups. C’est très bien comme protection, mais on a très peu de données scientifiques dessus. Est-ce qu’il y a moins de risques d’infections et de mycoses ? On n’en sait rien.

Ce qui me tient à cœur, c’est l’éducation. Il y a encore énormément de pédagogie à faire chez les jeunes femmes, sur les premières règles ou sur des questions comme : “est-ce que je peux mettre des tampons si je suis encore vierge ?”

thought-catalog-612383-unsplash (2)Photo by Thought Catalog on Unsplash

Sur la contraception, le Docteur Marie Msika Razon, constate un régression de l’usage de la pilule et une tendance générale à favoriser le choix éclairé des femmes.

Baisse de l'usage de la pilule

“La pilule est en perte de vitesse depuis quelques années en rapport avec la polémique autour des hormones. Il y a une demande des femmes à accéder à des méthodes non hormonales. La pilule ne doit pas forcément être perçue comme dangereuse, mais c’est bien d’avoir le choix.

De plus en plus de publications nous poussent à militer pour le droit des femmes à choisir leur contraception, quelle qu’elle soit. Il y a eu un gros effort d’information de la part des Autorités pour permettre le choix éclairé des femmes."

Une demande de diversification des solutions contraceptives

La plus grande question, ce sont les alternatives à la pilule. On commence à avoir beaucoup de demandes sur les méthodes naturelles. Or, on manque de publications scientifiques et de formations sur le sujet pour aider celles qui veulent se les approprier.

Et, il y a encore un certain nombre de professionnels de santé qui refusent certaines pratiques à tort, comme la pose d’un DIU (dispositif intra utérin) à des nullipares (femmes n’ayant pas encore d’enfant).

Quels sont les risques liés à chaque type de contraception ? Les contraceptions à recommander selon vous ? Et celles à éviter absolument ?

Les principaux risques de la pilule sont les cancers et les accidents cardio-vasculaires. Pour le Dispositif intra-utérin , ce sont les infections génitales hautes.

Il n’y a pas de contraception à éviter absolument. Je n'interdis jamais, j’essaie d’orienter au mieux les femmes que je reçois en fonction de leurs attentes.

Quelle évolution voyez-vous à 5 ans ?

Je pense qu’on va assister à une augmentation de l’usage des méthodes non hormonales.

Quelle sont les problématiques à adresser en priorité selon vous ? Qu’est-ce qui vous tient à coeur ?

Écouter le choix des patientes et les informer au maximum. Il faut redonner le pouvoir aux femmes sur leur contraception. Le médecin ne doit être qu’un conseiller. C’est un vrai changement de paradigme.

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